Beaucoup de gens pensent encore que la musique d’une bande-annonce de film est la même que celle du film lui-même. Or ce n’est que rarement le cas. Depuis des décennies, des compositeurs expérimentés pratiquent et développent l’art de la musique de bande-annonce (en anglais trailer music), qui est devenu un véritable genre en soi, avec ses règles, ses caractéristiques particulières, réclamant des compétences spécifiques. C’est pourquoi MYMA a créé MYMA TRAILERS, un label in-house spécialement dédié aux bandes-annonces de films, de séries, de jeux vidéo.
Des bangs et boums de la musique épique aux relectures atmosphériques des tubes pop, en passant par les signatures sonores emblématiques, découvrez ici l’art précis de la musique de trailer.

Aspects méconnus de la musique de bande-annonce
La musique de trailer, un genre en soi
La musique de bande-annonce, souvent orchestrale et épique, accompagne la promotion des films ou le lancement de certains jeux vidéo. Elle vise à soutenir le message et à susciter l’intérêt du public, parfois plusieurs mois avant leur sortie. Généralement, la bande originale du film n’est alors pas encore composée et, même si c’était le cas, elle n’aurait pas nécessairement les qualités requises pour créer la tension, susciter l’émotion et faire naître l’anticipation, le tout en deux minutes, avec un objectif : donner envie au spectateur d’aller voir le film en salles.

© MYMA – Image modifiée par IA
Les bandes-annonces sont donc des publicités, commandées par les studios à des maisons de production spécialisées [1]. Pour choisir la musique qui les accompagnera, celles-ci disposent principalement de trois options : faire appel à un compositeur pour créer une musique originale, licencier les droits d’une musique du commerce, musique classique, chanson pop ou encore musique issue d’un autre film ou faire appel à une librairie musicale et licencier les droits d’un morceau répondant à leurs besoins, disponible immédiatement, « clearé » et à un coût plus maîtrisé.
Aujourd’hui, les musiques issues des librairies musicales sont de plus en plus présentes dans l’univers du trailer. Certaines librairies ont ainsi développé des catalogues entièrement dédiés à cet exercice, en faisant appel à des compositeurs spécialisés parmi les plus talentueux du genre. Leurs œuvres, souvent méconnues du grand public, sont pourtant devenues incontournables dans le paysage de la trailer music. Mais l’histoire de cette musique est relativement récente. Remontons la bobine.
L’émergence d’une profession

© John Beal / Reeltime Creative Incorporated — CC BY-SA 4.0
Jusqu’aux années 1970 [2], les bandes-annonces utilisaient des morceaux tirés directement de la bande originale du film ou d’autres films antérieurs, généralement en accompagnement d’une voix off (la fameuse voix grave et caverneuse d’un narrateur omniscient, posant les bases de l’intrigue).
C’est le compositeur californien John Everett Beal [1], unanimement considéré comme le pionnier des musiques de bandes-annonces, qui pose à partir des années 1970 les standards de ce style de compositions à Hollywood : des pièces le plus souvent orchestrales, très denses et rigoureusement structurées en trois parties - introduction, montée en puissance et climax -, méticuleusement construites pour épouser les exigences du montage. Elles captent immédiatement l’attention, la maintiennent pendant deux minutes et ne la relâchent que dans un souffle, avec le désir de recommencer aussitôt l’expérience. Avec sa société Reeltime Créative [3] , fondée en 1984, John Beal a créé des musiques originales pour plus de 2 000 projets de bandes-annonces de films, dont 40 des films les plus rentables de tous les temps (Star Wars, Forrest Gump, Titanic, Aladdin, Le Dernier Samouraï, Matrix…).
Dans les années 1990, lorsque les studios se mettent à chercher des musiques à des conditions tarifaires plus avantageuses, des compositeurs spécialisés s’associent pour créer des librairies musicales entièrement dédiées aux bandes-annonces : Immediate Music (Toy Story, les premiers Spider-Man, la saga Harry Potter), mais aussi E.S. Posthumus, X-Ray Dog, Brand X puis suivent dans les années 2000 Audiomachine ou Two Steps from Hell (Avatar, Doctor Who, Interstellar ou toute la saga Twilight) [2]. Ils produisent une musique qui n'est originellement disponible que pour l'industrie du cinéma, mais qui se retrouve parfois sur des albums publics, en réponse aux demandes des fans.
Ce sont les grandes heures de la musique dite “épique” : symphonique, palpitante, avec des mélodies grandioses, des harmonies dramatiques, des chœurs immenses, des guitares percutantes, des percussions explosives, le tout montant en volume et en intensité comme en une vision hyperbolique de la puissance d’Hollywood.
Évolution, tendances et créativité de la trailer music
Dans les années 2000, de nouveaux producteurs à succès émergent, comme Chris Haigh (La Planète des singes : Les Origines, Pacific Rim), Dylan Jones (Pete’s Dragon, Assassin’s Creed) ou Cody Still (Spider-Man, Rogue One: A Star Wars Story). En parallèle, des catalogues spécialisés dans la musique de bande-annonce se développent, à l’image de Sonoton Trailer Tracks [4], lancé au début des années 2000, puis de Cavendish Trailers [5]. Dans les années 2010, des structures comme C21FX, Position Music, RedCola, Dos Brains, Really Slow Motion, Colossal Trailer Music ou Gothic Storm contribuent à leur tour au renouvellement du genre, en imposant des sonorités plus modernes et en explorant de nouvelles pistes musicales.
Du tout-orchestral des débuts, la musique de trailer est en effet passée par de multiples tendances ces 20 dernières années. En 2010, pour la bande-annonce de The Social Network, l’utilisation d’une reprise de Creep de Radiohead par un chœur féminin éthéré a lancé la mode des relectures sombres et atmosphériques de chansons pop connues et aimées [6]. Knockin’ on Heaven’s Door de Bob Dylan revisité par Antony & the Johnsons (pour la bande-annonce de I’m not there), Dreams des Cranberries chanté par Liza Anne (pour Aftersun), ou Losing My Religion de R.E.M repris par Bellsaint (pour la série TV Chucky) comptent parmi ces reprises utilisées pour leur intemporalité, leur puissance mémorielle, et le lien émotionnel qu’elles créent instantanément avec les spectateurs. Le compositeur Bryce Miller s'est ainsi fait connaître en 2019 grâce à la bande-annonce de Godzilla : Roi des monstres, juxtaposant une adaptation orchestrale de Somewhere Over the Rainbow [7] à des images de carnage et de destruction.
D’autres tubes populaires se trouvent réutilisés, modifiés, mixés, dans des versions spécialement adaptées (“trailerized”) aux contraintes de la bande-annonce. En 2017, pour Atomic Blonde, c’est un mash-up de New Order (Blue Monday), Depeche Mode (Personal Jesus) et Kanye West (Black Skinhead) [8] qui nous introduit aux aventures de la tueuse badass incarnée par Charlize Theron. Pour Valérian et la Cité des mille planètes de Luc Besson, c’est une version éditée de Because des Beatles qu’on entend dans la trailer. Le producteur David James Rosen est connu pour avoir marié les voix et les motifs de Running Up That Hill de Kate Bush à une version tonitruante du générique de Stranger Things, ou pour avoir entrelacé une reprise de No Woman No Cry par la chanteuse nigériane Tems avec Alright de Kendrick Lamar dans la bande-annonce de Black Panther : Wakanda Forever, produisant ainsi un commentaire créatif sur la franchise afro futuriste.
Pour ces artistes de la trailer music, les sources d’inspiration sont infinies : des pianos minimalistes et délicats de Ludovico Einaudi ou Max Richter aux nappes de synthétiseurs analogiques de Drive ou Stranger Things, de la musique néoclassique façon Nils Frahm ou Olafur Arnalds, au pur design sonore ou à l’”epic EDM”, les tendances se suivent et ne se ressemblent pas. Une chose est sûre, la voix off grave et omnisciente des bandes-annonces d’antan a disparu. Et s'il y aura toujours une place pour la musique orchestrale épique (pour les films d’action, de super-héros), les bandes-annonces sont devenues plus impressionnistes et elliptiques dans leurs narrations, repoussant les limites du montage et du design sonore vers plus de vitesse et d’abstraction, sollicitant plus que jamais la créativité de leurs concepteurs.
Un langage créatif à part entière
Les compositeurs de musique de trailers se doivent donc d’être inventifs, mais il leur faut surtout être rigoureux. De manière générale, la musique à l’image se distingue par sa précision d’écriture : au service d’une histoire, d’une émotion, d’une action, elle doit pouvoir s’adapter, se monter, se caler, s’effacer. Dans la grande famille de la librairie musicale, la musique de trailer a encore d’autres caractères spécifiques et relève d’un langage créatif à part entière, avec ses codes, ses structures et ses usages particuliers.
Une structure codifiée comme une narration
Une bande-annonce doit donner un aperçu du film sans en dévoiler toute l’intrigue, elle a deux minutes pour capter, captiver et laisser sur sa faim le spectateur. De la même manière, sa musique doit le saisir immédiatement, créer tension et anticipation, préparer à la narration visuelle. C’est pourquoi elle est généralement structurée comme un film [9], avec trois ou quatre actes. [10]
- Acte 1 : le début d’une bande-annonce est comme le début d’un film. Elle présente les personnages dans leur vie quotidienne, avant que l’action ne débute vraiment. Les compositeurs choisissent généralement une introduction énigmatique et atmosphérique, annonçant subtilement, par une montée ou l’apparition d’un instrument, la suite des événements.
- Acte 2 : l’intrigue se met en place, les personnages sont plongés dans une nouvelle situation, les problèmes commencent. La musique accélère en tempo et se complexifie à mesure que le sujet véritable du film nous est présenté.
- Acte 3 : les personnages affrontent le problème, sont au cœur de l’action. Le climax est comme une extension de l’acte 2, reflété musicalement par un changement d’échelle, une amplitude et un approfondissement.
La plupart des trailers montent en puissance et en intensité (slow burning) pour s’arrêter brusquement, dans une résolution ambiguë, une suspension laissant le spectateur avec une question dont il n’aura la réponse qu’en allant voir le film.
Intro, build-up, climax, release [9] : on le voit, la structure typique d’une musique de trailer relève d’un véritable storytelling. Cette structure n’est cependant pas toujours adaptée (on préférera la reprise d’une chanson populaire pour une comédie romantique) et peut être soumise à des variations (pour un film d’horreur, on mettra plus l’accent sur le sound design que sur la musique proprement dite).
Hyperbole et immersion
Quel que soit le genre de film à traiter, la dimension hyperbolique et universaliste de la musique de trailer est une quasi constante. Il s’agit de transformer une situation singulière, microcosmique, vécue par les personnages à l’écran, en expérience universelle, macrocosmique, s’adressant à l’ensemble des spectateurs de la bande-annonce. C’est pourquoi le recours à la musique épique (l’utilisation de percussions épiques, de cordes tendues, de synthétiseurs atmosphériques, l’ensemble montant en puissance jusqu’à l’accord final) est aussi un continuum dans l’histoire de la musique de trailers.
Cette nécessité pour la musique de BA d’impressionner le spectateur a même fait émerger de nouveaux concepts musicaux, comme le « BRAAAM » [11] : un son grave, lent et puissant, produit à l'aide d'instruments à vent réels ou synthétisés jouant simultanément la même note. Effet “wahou” garanti. Généralement associé à la musique du film – et de ses bandes-annonces - Inception (Christopher Nolan, 2010), le BRAAAM s’est répandu dans les bandes-annonces de films d'action dans les années 2010 (Transformers: Dark of the Moon, Prometheus, The Avengers, Elysium, World War Z, Pacific Rim, Mad Max: Fury Road), jusqu’à devenir un cliché de sonorité apocalyptique. Chaque compositeur de musique de BA rêve de créer sa propre “signature sonore”, le son emblématique d’un film, d’une époque.
Pas juste de la musique épique
On l’a vu, la musique de trailers n’est pas juste de la musique épique (même hybride). Tous les genres musicaux sont désormais explorés pour servir le message de la bande-annonce, susciter de la curiosité pour le film. Parmi les dernières tendances, les montages hyper rapides nécessitent de mettre l’accent sur le design sonore (tous les sons concrets, effets de souffle, montées, chutes, ambiances, impacts), quand, dans un même souci d’immersivité, les mélodies se sont raréfiées, les grandes épopées orchestrales faisant place à une simple gamme ascendante, voire une seule note répétée. Jusqu’à la prochaine tendance.
Dans tous les cas, composer de la musique de trailer demande autant de créativité qu’une compréhension fine des attentes et besoins des professionnels de l’audiovisuel. De même qu’il existe des monteurs spécialisés de bandes-annonces, les compositeurs de musiques de trailers doivent connaître les codes et maîtriser tous les aspects de cette discipline particulière : composer une narration, produire une tension, créer du désir, viser l’universel. En deux minutes maximum, c’est en fait un champ infini d’explorations musicales possibles.
Redéfinir les frontières du genre
Conscient des riches possibilités artistiques que recèle cette discipline, MYMA a créé en 2025 MYMA TRAILERS, un label exclusivement consacré à l’art de la musique de bande-annonce, en se donnant pour mission de redéfinir les frontières du genre. Dans la continuité des exigences artistiques qui font la renommée de l’agence, ce label réunit des compositeurs d’exception autour d’une direction créative visionnaire, résolument tournée vers l’excellence, la pertinence et l’efficacité. Audacieux, raffiné et conforme aux standards internationaux, MYMA TRAILERS propose l’équilibre parfait entre précision et intensité, offrant des compositions pensées pour captiver dès la première note.
MYMA Trailers
Time
Bpm
Sources & références
1. The Guardian, Phelim O’Neill, « Movie trailer music: it’s not what you think », 25 août 2011. Lire l’article
2. Dan Graham, « Introduction to Trailer Music – Part 1 », LinkedIn. Lire l’article
3. Reeltime Creative, « About – John Beal ». Consulter la page
4. Sonoton, « Action Adventure / Epic Drama », Sonoton Trailer Tracks – STT 0001, 2004. Consulter le catalogue
5. Cavendish Music, « Cavendish Trailers », catalogue de production musicale dédié aux bandes-annonces. Consulter le catalogue
6. GRAMMY.com, « Inside Music’s Important Role in the Creation of Movie Trailers », 15 mai 2017. Lire l’article
7. Bryce Miller Music, « Godzilla: King of the Monsters – Final Trailer », 2019. Consulter le projet
8. Stereogum, « Kanye West x Depeche Mode Mashup Soundtracks Latest Atomic Blonde Trailer », 11 avril 2017. Lire l’article
9. Rareform Audio, « Trailer Music Structure: Helping Film Trailer Editors Tell Stories ». Lire l’article
10. Richard Pryn, « How to Make Trailer Music ». Lire l’article
11. Longreads, Adrian Daub, « “BRAAAM!”: The Sound that Invaded the Hollywood Soundtrack », 8 décembre 2016. Lire l’article